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Longtemps membre du quintet du contrebassiste Jaromír Honzák, figure emblématique de la scène tchèque, Beata Hlavenková a également croisé la route d’Iva Bittová. Depuis près de dix ans, cette jeune pianiste anime, avec la chanteuse Lenka Dusilová et d’autres jeunes musiciens, diverses formations parfois très proches de la pop sucrée. Sortie du conservatoire d’Ostrava avec un imposant bagage classique qui colore indéniablement son toucher aérien, elle propose avecThéodoros son premier album solo en forme de suite d’impressions teintées de poésie.

Ici l’aspect pictural n’est pas seulement dû à l’impressionnisme ambiant ; la forme choisie y est pour beaucoup. En donnant aux douze titres de son album les noms des mois de l’année, Hlavenková décrit un même paysage au gré des saisons, comme un peintre travaille les variations de lumière sur sa toile, se lance dans l’observation d’une multitude de détails qui composent un tout aux harmonies et similitudes changeantes. Un paysage qui a d’ailleurs sa part d’étrange : nul ne sait pourquoi la pianiste a recours au grec mais cet incongru porte à la rêverie.

Ainsi « Ioulios » est une promenade guillerette dans les aigus du piano sur lequel s’échauffe un ostinato. Ce sont les chaleurs de juillet, les fleurs apportent des myriades de nuances et le vent siffle un air doucereux. A contrario, « Ianouarios » est une plaine désolée qu’on contemple bien au chaud derrière sa fenêtre pendant que voltige la neige de janvier. Parfois, une mélodie se transmet de mois en mois, annonce une saison, une dominante, une atmosphère. Elle se coule dans le décor comme se mélangent les couleurs. Les morceaux courts, tels des haïku, sont autant de crayonnés sommaires investis par l’imagination.

On aimerait parfois plus de prise de risque de la part d’une pianiste dont l’univers semble bien plus large que ces esquisses pastel. Elles sont néanmoins de très agréables clés d’entrée pour l’œuvre d’une artiste à suivre, qui a l’art, en peu de notes, de projeter des images et les faire vivre au fil du temps et de notre imagination.